"Je n'écris pas pour luire ou pour chercher de l'or  /Simplement je voltige"  (Chansons de Roland)    drapeau belge
    
                Georges   Roland
 

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Chronique du 15 juillet 2019

UN KET DE BRUSSELLES : Les divas du dancing
Le jour d’aujourd’hui, tu ne vas plus au dancing, tu te « fais un concert » ou quelque chose comme ça. Je te l’ai déjà dit, nos parents ils allaient juste le samedi soir (car le lendemain c’était congé) vers huit heures et demie ou neuf heures dans un grand café où il y avait un orchestrion (wadesda un stûut pareil ?) c’était une espèce d’orgue avec des instruments sur le devant, mais sans personne pour en jouer. En un mot, ça jouait tout seul, ara ! Ça faisait un bruit terrible et tu voyais les touches du saxophone qui bougeaient, l’accordéon pianotait et la grosse caisse tambourinait. Tout seuls, fieu !  Le peï écoutait : ah c’est un tango, ça je connais. Alors il se levait et il allait devant une fille qu’il avait déjà repérée et il tendait la main. Le plus souvent la fille se levait aussi car elle aimait pas de rester glander au bord de la piste, comme si les hommes ne voulaient pas d’elle.
Plus tard, les jeunes ont fait de surprise-parties. Des surboums, et puis des boums. Là, pas de gros machin bruyant, pas de piste de danse sablée, juste les dalles du garage de poepa ou le living. En petit comité, quoi. Le peï écoutait : ah c’est un slow, c’est tout bon ! Alors il se levait, allait chercher une fille et à la fin de la musique il fallait un cric et une pince monseigneur pour les décoller.
Aujourd’hui, on va dans une boîte, une discothèque (mais il y a pas de disques rassure-toi) et DJ te raconte sa vie en musique. Enfin, ils disent que c’est de la musique. Ça fait surtout mott ! mott ! mott ! et comme les paroles sont dans un anglais approximatif, mieux vaut y venir avec tes oreillettes où tu as enregistré la Traviata en version originale. Là si tu arrives à 11h du soir, on te regarde comme si tu arrivais de la Lune en trottinette. Pas avant minuit, monsieur. Awel, brû ! ils dorment jamais, ceux-là ? Quand tu as pris quelques heures de mott ! mott ! dans les pavillons, sans prendre un tranquillisant du genre beuh shit, et autre coquineries, tu es mûr pour le centre psychiatrique le plus proche. Tu sors de là vers 6h du matin avec une gueule pire que de bois, avec tes pupilles qui tournent encore comme des toupies folles, tu as avalé (tabagisme passif) au moins la valeur de quarante-cinq cigarettes et tu te fais le serment de ne plus jamais y mettre les pieds sans l’équipement ad hoc : un masque à gaz et des boules Quiés en quantité suffisante.
En 1930, on appelait ça un thé dansant (entre 16h et 19h) et une soirée dansante (entre 20h et 23.30h), le « DJ » de l’époque, qu’on devait appeler « animateur », racontait des flauskes (blagues) en bruxellois et interpellait gentiment les danseurs. On rencontrait une demoiselle, on lui parlait de la pluie et de l’autan, on contait fleurette. Ça prenait du temps mais c’était justement cette attente qui faisait tout le charme de la drague.
Là, de nos jours, on embarque illico, on s’adore trois heures, juste le temps de trouver un endroit (chez toi ou chez moi ?) pour réaliser ses passions et bonsoir madame, est-ce que je vous connais ? Potverdekke je savais qu’on est de plus en plus pressés, mais à ce point-là, ça me défrise (et je suis chauve) ! Les grands dancings de la belle époque sont aujourd’hui devenus des concessionnaires d’automobiles ou des marchands de téléphones portables (qui sont aussi devenus intelligents, paraît-il), les DJ font tourner les platines de 33 tours avec les mains (en prévision de blackout de l’électricité, sans doute).
Pour paraphraser mon cher Pierre Corneille :
 
Madame si mon visage
A quelques traits un peu vieux
Je préfère mon âge
À vos jeunes prétentieux
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Je préfère aimer mes roses
Que vos jeux de fanfarons
 



 



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