"Je n'écris pas pour luire ou pour chercher de l'or  /Simplement je voltige"  (Chansons de Roland)    drapeau belge
    
                Georges   Roland
 

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Chronique du 15 octobre 2019

UN KET DE BRUSSELLES : Palabres autour d’un kiosque
Dans le dictionnaire rédigé (très lentement) par des barbus avec un bicorne et une épée de saint-Nicolas, tu trouves plein de définitions du mot : « kiosque ».
D’abord que ça vient de Perse (comment peut-on être Persan ?) et que ça se trouvait dans un jardin. Nous à Brusselles, on comprend : c’est net ce qu’on croit que c’est. Mais pour les Parisiens (tête de chien) c’est plutôt une aubette à journaux, pour un sous-marinier c’est le toit de son bateau, et pour un gars du cirque c’est le dessus de sa tente. Fais une fois le ménage là-dedans, potverdekke !
Nous autres (nosotros pour les Ibères) on dit un kiosque contre un pavillon rond, ouvert de tous les côtés, où tu trouves une fanfare qui joue des airs de monsieur Brahms ou de monsieur Offenbach. Tu me diras que c’est du tagada tsoin-tsoin et que ça date du temps des cavernes, et tu auras (presque) raison. N’empêche que de ce temps-là, les gens prenaient une heure pour écouter de la musique parfois pas très juste, parfois avec un couac solide, ils s’asseyaient sur les chaises à louer devant le kiosque et ils regardaient et écoutaient les musiciens. C’était pas le dernier MP3 de Les dits Gaga mixé et remixé que tu croirais une sauce Dugléré, non, c’était ce qu’on appelle aujourd’hui du « life ». Et quand Prosper le trompettiste soufflait un coup de travers, ça faisait d’autant plus vrai. Là je sens que tu vas me dire que le monde virtuel est plus joli, plus parfait.
C’est comme ça que j’ai dur avec le temps moderne, tu vois ? Quand Gabin donnait une mott (gifle) à un peï, tu la sentais toi-même et ta joue rougissait, fieu. Brute Gillis lui, il envoie une chiquenaude et le peï fait une cabriole de cinq mètres en arrière. Et je te parle pas de Stuck Nogis qui fait des bonds de kangourou pour distribuer des baffes. Et tu veux que je crois ça ? Là tiens, à ton nez brodé !
Ça va, je sais que je m’éloigne des kiosques, mais tu vois, je sais pas me retenir, et je distribue aussi des mornifles (och erme, ça tu captes pas : c’est des gnons) virtuelles dans mes chroniques.
Donc on écoutait les danses hongroises de monsieur Dvorak, assis sur un pliant loué, sous la frondaison des hêtres séculaires du parc de Warande (oué ça non plus tu connais pas : c’est le parc de Bruxelles, celui qui se trouve devant le palais du king, comme disent les Argentins quand ils parlent anglais). Et quand Prosper soufflait de travers, on sifflait et il savait tout de suite qu’il avait fait une fausse note. Essaie un peu de faire ça avec le dernier tube de Mikaka sur Youtube ! D’ailleurs, il risque pas car il recommence soixante-deux fois son truc si c’est nécessaire, pour arriver à le faire bien virtuel, donc sans faute. Prosper, lui, n’avait qu’à bien jouer du premier coup, arra !
La modernité a voulu que tous les kiosques soient démontés car ils étaient dans le chemin d’un parking, d’une galerie commerciale ou d’un HLM d’Étrimo. Car tu le sais pas, mais il y en avait partout, des kiosques, avec des musiqueurs à l’intérieur et des chaises à louer pliantes tout autour, et ils jouaient tous les dimanches pour les gens en goguette. Aujourd’hui tu parques ta BM sur la place de Prosper et tu vas regarder une série débile à la télé. C’est ça, l’évolution de l’espèce.
Dans le parc de Bruxelles, il y en a encore un et parfois, il sert. C'est-à-dire qu’il y a des courageux qui osent encore jouer de leur instrument en public, ayant juste répété quelques fois avant de se lancer. C’est souvent du « Scheile sloegd af » (du gros lourd) mais ça fait plaisir aux vieux croums comme moi. Pas que je sois contemporain de messieurs Dvorak ou Brahms, pas même de Jules Destrée ou de Jean Jaurès, mais quand ces braves gens entament « La pie voleuse » de Rossini, je m’imagine en pleine Belle Époque, avec des omnibus sur la rue royale et j’entends presque le frou-frou des crinolines.
Tu vas encore me croire nostalgique, réac, mais j’ai quand même la conviction qu’en un temps où on considère que coller un tracteur aplati au plafond d’un musée c’est de l’art, on est drôlement sur une voie de garage. Si tu vis dans une « réalité virtuelle » sans plus savoir le comment du pourquoi, c’est que, ou bien tu es complètement louf, ou alors on t’a mis des œillères pire qu’à une jument rétive.
 Juste un dernier petit truc avant de te laisser tranquille, c’est le « la ». J’adore ce moment dans un concert. Juste avant que le chef n’apparaisse, les instrumentistes accordent leur bidule. Le premier violon donne un « la » et les autres penchent l’oreille sur leur truc et tournent les manettes. Même le peï des timbales fait ça ! Moi, à chaque fois, je me demande comment ils font pour entendre rien que le « la » de référence et celui de leur propre instrument, dans cette cacophonie. Voilà j’ai tout dit. La prochaine fois je te parle du tram.
NOTE : Rappelle-toi que je n’ai rien contre Brute Gillis, Stuck Nogis et Mikaka, je les connais même pas.
 



 



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