"Je n'écris pas pour luire ou pour chercher de l'or  /Simplement je voltige"  (Chansons de Roland)    drapeau belge
    
                Georges Roland
 
 

Un auteur bruxellois

Je suis né à Bruxelles, et j'habitais dans une strotje chère à Madame Chapeau.
Pas dans la Marolle, et pas non plus à Uccle, juste dans un quartier du vieux
Woluwé St Lambert, près de l'ancien cimetière d'Etterbeek.
Il y avait une place où les trams 83 avaient leur terminus.
Le mercredi après-midi, je prenais le 28 (une motrice et une remorque) pour aller
"en ville". On débarquait devant le magasin "Neuf Provinces" et on enfilait la rue Neuve, ma mère au pas de charge et moi trottinant derrière elle.
Premier arrêt: le Sarma. Au premier étage, il y avait une cafétaria où elle me payait une couque au beurre et du cacao. Au fond de la salle, un vitrail représentait Le Roi Boit de Jacob Jordaens. Ce tableau est resté gravé dans ma mémoire, associé au cacao et aux couques au beurre.
Puis, inspection de l'Innovation, avec son énorme hall qui montait très haut, sa verrière tout au-dessus, et les escalators !!! "Attention, soulève bien tes pieds pour sauter par-dessus la grille"
Quand on terminait le "Bon Marché", on revenait par la rue Neuve vers les Galeries Anspach, dont on ressortait pour aller à la Bourse, puis au Priba de la rue des Halles. Les trottoirs surlélevés présentaient deux marches, où les marchandes de citrons nous offraient leur étal dans une main: trois citrons pour cinq francs, avec un regard de côté pour contrôler si un ajouën ne se baladait pas dans la rue. Il y avait aussi un rémouleur, avec son chariot biscornu tiré par un âne, dont les crottes couvraient les pavés. Enfin, nous repreions le tram qui remontait la rue marché aux herbes vers la rue des Colonies.
Je rentrais à la maison exténué; je compris alors ce que ma mère appelait: faire des courses.
 

From Brussel witloof, en de wind van achter !

un texte de Lardon SPEK traduit en brusselois beulemans par Georges ROLAND


Il était une fois deux braves gens, qui sont venus vers Brusselles, chacun de son côté.
Poepa était de Neerijse, à 25km à l'est de Brusselles. Il s'appelait Miel van de Witten Bikker.
Le Miel ! Comme il était maigre comme un héron sur ses pattes, il pouvait pas faire fermier. Alors il est devenu gendarme à cheval, et car c'était un Flamand, on l'a envoyé à Neufchâteau. Ceux de Bastogne allaient à Eeklo, nature ! Ils n'ont jamais cassé trois pattes à un canard, chez les gendarmes. Mais alleï, en Ardenne Miel a quand même appris un peu de français, car monter sur un cheval ça il savait déjà faire à Neerijse.


Moema, elle était née à Essene. À 25km de Brusselles, mais à l'ouest. Elle s'appelait Virginie van de Melkera. La Virge ! C'était une toffe meï que tout le monde courait derrière. Mais elle n'aimait pas les kuulkappers, et qu'est-ce que tu veux trouver d'autre dans le Pajottenland que des bouseux ?
Un jour, elle alla avec sa mère et sa sœur à Neerijse pour aller dire bonjour au fiancé de la sœur. Celui-là aussi il était gendarme à cheval, mais il avait eu de la chance et il était resté chez les Flamands. Quand elles sont arrivées avec le tram à vapeur, il y avait deux gendarmes à pied qui les attendaient sur le quai. Le fiancé et un autre. La Virge elle eut direct un bountje pour ce peï avec un tof uniforme. Pas le fiancé, tu sais, mais l'autre, et celui-là, c'était le Miel, fieu ! Tu sais croire ça ?
Comment ces deux-là sont tombés bleus, c'est toute une histoire, je le raconterai une fois ailleurs, car c'est pas de la petite bière, autrement dit de la flotchesbée ou de la sueur de gendarme hongrois, si tu aimes mieux. Disons juste qu'ils ont volé l'un vers l'autre et qu'ils ont atterri à Brusselles.


Ils ont si bien volé que klett ! j'étais là, dis ! Juste après la guerre (la deuxième, hein ?), et net entre Neerijse et Essene : à Brusselles, Premier District. Sur le square Marie Louise, astableeft. Et dans une clinique car Moema avait cassé son bras. Ça c'était du chiquet, fieu ! À Brusselles, dans la capitale, dans une clinique ! Ara.
Donc j'y étais là, et j'y restais ! Je vivais dans une rue à Woluwé. Ou plutôt une strotje, cent mètres de long, et dans les années 1950, on y voyait pas beaucoup de circulation. Dans cette petite rue habitaient quand même 18 enfants d'environ le même âge que moi et on pouvait jouer sur la rue sans danger, aucune auto ne passait par là. On jouait à la balle pelote sans se retourner. Le jour d'aujourd'hui tu ne sais même plus garer un vélomoteur dans cette rue, fieu. Deux rangées d'autos contre les bordures des trottoirs et entre les deux un camion qu'on est occupé à décharger. Pas croyable ! Même pas une figue aplatie que tu sais mettre entre.
Au début, je causais comme mes parents : le flamand. C'était naturel. Mais Poepa il avait un accent de Louvain, et Moema un d'Asse. Ça faisait une drôle de différence, tu sais, car quand je devais dire « droog », Poepa il disait « droeëg » et Moema « driëg ». Et comme ça pour tout. C'était pas zaizé, les gars, vous pouvez me croire.
Et c'était pas fini ! Ils m'ont envoyé au jardin d'enfants, où on ne parlait que le français. Qu'est-ce que tu dis en bas de ça ? Que ça devait nécessairement déboucher sur un vrai Brusseleir. Même à mes parents je causais un espèce de charabia : « ge moet tacheren van ma nie te réveilleren vi ma te déshabilleren » que je disais contre Moema quand je tombais endormi chez l'oncle Tiest et qu'on devait encore rentrer à la maison.
Poepa il savait très bien écrire en flamand, c'était l'intellectuel de sa famille de paysans. Après la guerre (la deuxième, newo) il est devenu inspecteur principal à la Sûreté de l'État. Ça c'était une drôle de promotion, dis ! Il était comme le James Bond de la Belgique, et ça je trouvais une fois tof.
Au mariage du ma sœur il m'a demandé de chanter « T'es oep de Vosseplaan » avec lui et j'ai pas voulu car j'avais les poepers. Mais alors je n'étais qu'un ket de dix ans. À cet âge-là tu ne sais de rien et tu fais dans ta culotte quand les autres te regardent un peu schief.


Maintenant, ils dorment tous les deux, Poepa et Moema, dans la terre d'Ardenne. Le Miel et la Virge profitent du bon air et du beau paysage, loin de tout notre boucan.
Merci Poepa et Moema, votre ket a grandi. Il a un peu oublié Essene et Neerijse, c'est devenu un Brusseleir. Il sait broubeler le flamand et le français, spieker l'anglais, aboyer allemand, il comprend le chinois en pattes de mouche et le latin avec des petits trous. Il sait contre le vent.
Avec le Louis, le Gustave, le Michel, et avec Éliane, Roza, Nadine et toute la clique, je suis un de la rue du menuisier, les gars, et ça n'est pas rien.
Aujourd'hui, il y en a un qui est chauve, l'autre boîte un peu, un qui est sourd ou je ne sais pas quoi, mais on reste quand même des Brusseleirs.
Et c'est quoi, un Brusseleir, tu vas me dire ?
Un vrai zinneke croisé entre un fox et un pilairezaaiker, et qui va arroser tous les réverbères, et qui en est fier !
Non, peut-être ?

TEXTE ORIGINAL DE LARDON SPEK en brusseleir brabançon

From Brussel witloof, en de wind van achter !  nen tekst van Lardon Spek


Do wore es twie brave mensen, en dei kwome no Brussel, ieder van zaaine kant.
Poepa da was van Neerijse, op 25 km in 't uuste van Brussel. Hij hiette Miel van de Witten Bikker. De Miel ! Mo hij was te moeger veu boer te doen. Den es em gendarme à cheval gewedde, en oemdat em vloming was, emme z'em no Neufchâteau gestuud. Dei van Bastogne dei gingen no Eeklo, nature ! Z'emme nûut nie slum geweest, bei de piottepakkers. Alleï, in d'Ardenne eït de Miel toch ewa Frans gelied, want oep piëre zitte da kost em al in Neerijse doen.


Moema dei was in Essene geboren. Op 25 km van Brussel, mo van de weste kant. Zij hiette Virginie van de Melkera. De Virge ! Da was e schûue mokke en alleman liep er achter. Mo ze zag ni geire d'ajoënboere. Wa wil de ga in 'Pajottenland anders vinnen as patateboeren ? Ze ging donc mè eur ma en eur zuster no Neerijse vi de zuster eure fiançé te bezueke. Da'n was uuk gendarme à cheval, mo è ad chance gat en è was bei de vlomingen gebleven.
As ze doe toekwam mè de stûumtram stonnen dô twie gendarmes te voet oep heule te wachten. De fiançé en zen bekanst schuûnbrû. De Virge dei a sebiet en boentje vi dan peï mè nen toffen uniforme. Nie de fiançé, zelle, mo den andere, en da was de Miel. Kun de da geluuve ?
Hau dat dei twie baaïen gekropen zijn es en hiel histore. 'k zal dei op nen andere kie vertelle, want dat es nogal t'ien en t'ander. Gie flotchesbee of hongaars gendermezwiet as ge da liever ed. Lot ons zegge da ze noeïen gevlogen zen en da s'in Brussel gatterrisseed zen.

En ze krope zoedonig good da'k soudain doe was. Just no den oorlog ( den twiedden hè ?) En just in't middel, tussen Essene en Neerijse : geboren in Brussel Premier District. Op de skwère Marie Louise, as't a blieft ! En in en clinik want moema a'd eure erm gebroke. Da was chic, jounges ! Iederien kwam direct toëis terecht, in 1946, mo den baron Roland da'n es in de clinic verschenen. In Brussel. In de capitale.
Do was'ek ! Do bleef'ek ! Ik woende in en klaan stroet in Woluwé. Da was liever e strotje, hondert meter lang, en in de joren 1950 was do nie veul verkier. In dei keutte stroot leefde toch 18 kinderen ongeveer van dezefde averdoem, en ze mochten op stroot spelen zonder danger, ginienen autó kwam doe verbaa. Ze spelde balle pelote zonder oem te zien. Den dag van vandoog kunde ga do giene velomoteur ne mie parkere. Twie raas voiture tegen den bordure van de trottoirs, en tusse de twie ne camion da oen't lossen es ! 'T es niet te geluve ! Gien snaboentje da ge'r noch tussen kraaïgt.
In 't begin sprak ek lakas men âvers : vloms. Da was naturel. Mo Poepa da'n a nen accent va Leuven, en Moema, iene van Asse. Da was e grûut verschil, zenne. Ik moest « droog » zegge, en Poepa dan za « droeëg » en Moema « driëg ». En zoe veu alles ! Da was nie zaizé, cadeïkes, ge meugt er gerest van zijn !
En 't was nog nie gedoon ! Z'emme ma no ne jardin d'enfants gestuurd, wo da ze nie as frans sproke. Wa paas d'er van ? Ik was dra joer en 'k moest al vier tolen lieren ! Da moest nécessairement op nen echten brusseleir deboucheire ! Zelfs tegen mijn âvers sprak ek zoe ne charabia: « ge moet tacheren van ma nie te réveilleren vi ma te déshabilleren » zaa'k tegen moema as ek in 't sloop viel ba mijne nounkel Tiest en da me noch nor hoeis moeste.
Poepa da kon hiel goed vloms schraaïven, da was den intellectuel van zen boerefamile. No den oorlog (den twiedde) es em inspecteur principal van de sûreté de l'état gewedde. Da was nogal en promoosse. Hij was lakas ne James Bond van den Belgik. Da vonne'k es tof !
Op de trafeest van ma zuster ei t'em ma gevroegd van « 't es oep de Vosseplaan » mè em te zingen, en ik em gerefuseed, oemda'k mè de poeppers zat. Mo toen was ek nog ne klane pagadder van tien joer. Den wette niks en ge kakt noch in a broek as d'anderen a schief bezien.

Na ligge ze alle twie, Poepa en Moema, in de grond in d'Ardenne. De Miel en de Virge profitere van de goei locht. Van ne schûune paysage, veir van al ons lawaait.
Merci, Poepa, merci, Moema. Aale ket es grûut gewedde. Hij eet Neerijse en Essene zoe en bekke vergeten. T'es nen vrai brusselois na. Hei kan vloms en frans knabbele, ingels spieke, doch basse, chinees in kattegeschrift en lataain me gotches verstoen. Hei kan tege de wind.
Mè de Lowie, de Staaf, de Michel, en mè Eliane, Roza, Nadine en hiel de clique. Ik zen iene van de rue du menuisier, manne, en da's giene lul !
Na es den iene klachkop, den andere mankepûut, dûuf, of k'en weet nie wa, mo we blave toch brusseleirs.
En wad'es nen brusseleir ?
Nen echte stroethond da tegen al de réverbères gout pissen en da't er fier van es, da paas ek.
Nie woo messchien ?

 

ASSOCIATIONS BERNAbernardiennesRDIENNES (Bruxelles)

Bernardiennes est une association de fait entre auteurs indépendants, dont le but est de promouvoir leurs livres par la mise en commun de ressources intellectuelles et techniques sous un même label.

Chaque ouvrage répond strictement aux critères de qualité d'écriture établis par la charte bernardiennes, et a reçu l'approbation d'un comité de lecture.



 

UN LIVRE À NE PAS MANQUER POUR COMPRENDRE LE BRUXELLOIS :
Schieven Architek, essai de J-J De Gheyndt

Avec ça tu saisis le comment du pourquoi de la chose, tu vois?

C'est comme le docteur qui t'explique que tu souffres de trachéosinuso-bronchosystolique aigüe (et tu n'as rien compris), mais qui te le dit en rigolant et en te disant aussi : "Ouie ouie, menneke, j'ai ça depuis quarante-trois ans et je sais encore boire mes six demi-gueuzes chaque soir avant d'aller me coucher."

Tu vois le style ? Ça fait quand même trois gueuzes entières, newo ?

C'est donc un livre très sérieux sur un sujet pas sérieux. Ou le contraire, si tu veux. Tu crois lire un traité scientifique et tu rigoles quatre pages sur trois.

Schieven Écrivain... non pardon : Schieven Architek t'explique aussi comment les Wallons ont envahi les Marolles et comment tout d'un coup tu sais comprendre le langage syldave de Hergé, ou l'Arumbaya dans L'oreille cassée...

Alleï c'est le genre de livre que tu dois avoir sur ta table de nuit pour ne pas dormir idiot.

Tu sais dire quelque chose là-contre?

Clique sur la couverture pour mieux voir le livre du docteur De Gheyndt, c'est beaucoup mieux que les zieverdera du docteur Maggy.

Edde ma vast ?

                                                                                            




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